Navigator logo

Freeland signale la fin des grosses dépenses

Aujourd’hui, la ministre des Finances Chrystia Freeland a présenté l’Énoncé économique de l’automne 2023 (EEA) du gouvernement du Canada dans la Chambre des communes.

La mise à jour se concentre sur l’allégement hypothécaire et l’augmentation du nombre de logements locatifs avec 15,7 milliards de dollars de nouvelles dépenses. Il prévoit un déficit de 40 milliards de dollars en 2023-2024. Le NPD s’est déjà engagé à soutenir l’EEA, ce qui confirme le fait que nous ne serons pas en période électorale, au moins en 2023.

Vous pouvez lire l’Énoncé économique de l’automne 2023 ici.

Ce que cela signifie

La ministre Freeland a été confrontée à un double défi lors de la rédaction de l’EEA: essayer de répondre aux demandes d’augmentation des dépenses en matière de logement et d’autres priorités tout en évitant d’en faire trop pour éviter d’alimenter l’inflation, d’augmenter le ratio dette/PIB du pays et de compliquer la réduction des taux d’intérêt par la Banque du Canada.

Il y a là un équilibre fragile qui explique pourquoi le ministère a qualifié cet EEA de mise à jour plutôt que de mini-budget. Mme Freeland se concentre moins sur la mise en place de nouveaux programmes que sur la poursuite de mesures déjà annoncées, y compris le récent mandat de réduction des coûts.

Cette mise à jour confirme ce que la plupart des analystes du secteur privé avaient annoncé. Selon eux, au cours de cette année fiscale, la croissance économique sera moins forte qu’on ne le pensait. Cela signifie que les recettes publiques seront moindres et que la marge de manœuvre pour les dépenses sera réduite. Ceux qui espéraient que le gouvernement fédéral avait un plan pour revenir à l’équilibre budgétaire seront déçus. Il n’y a rien à lire entre les lignes. Les comptes sont toujours au rouge et ils le resteront pendant un certain temps encore.

Ce que cet énoncé souligne

L’accent est mis sur l’augmentation de l’offre de logements, sur les subventions destinées à soutenir le captage du carbone et sur les projets énergétiques qui n’augmenteront pas l’empreinte carbone du Canada. Il est aussi question d’initiatives visant à rendre la vie plus abordable pour les Canadiens qui font face à l’augmentation du coût de la vie.

Rien de tout cela n’a réjoui le parti conservateur. Les néo-démocrates se sont félicités de l’accent mis sur l’accessibilité financière et ont indiqué qu’ils voteraient aux côtés des libéraux pour l’approuver.

Toutefois, c’est lorsque Mme Freeland présentera son prochain budget que l’on pourra réellement vérifier si le gouvernement a trouvé le bon équilibre. Ce plan financier est autant une question de stratégie politique que de politique fiscale, en particulier pour un gouvernement minoritaire qui dépend du NPD pour rester au pouvoir.

Vue d’ensemble : une nouvelle orientation politique en matière de logement

Comme il fallait s’y attendre, c’est le logement qui sort vainqueur de l’EEA d’aujourd’hui, raflant la plus grande partie du gâteau et ne laissant qu’une seule part aux autres priorités du gouvernement. Non seulement les libéraux reconnaissent les défis auxquels les Canadiens sont confrontés à mesure que la crise du logement s’aggrave, mais avec des élections qui approchent et des sondages non-favorables, les libéraux reviennent à leur mantra initial de « vrai changement » dans la conception de leur plan en matière de logement.

Les bureaucrates prennent les rênes

Depuis quelques mois, c’est le ministère de l’Infrastructure qui a pris le contrôle des programmes de logement relevant habituellement de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), une société d’État indépendante disposant de son propre service de prêts hypothécaires. Le remaniement en douceur de la politique fédérale du logement vient de prendre un tournant décisif avec la création d’un nouveau ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités.

Ce que cela signifie : Pour la première fois depuis des décennies, un département fédéral contrôlera la politique du logement. Le gouvernement a l’intention de planifier les priorités de financement jusqu’aux prochaines élections. Il faut s’attendre à une plus grande direction de la part du gouvernement sur les projets de logement et à davantage d’influence politique pour soutenir les députés libéraux après des années d’attentes déçues. Le message du gouvernement est clair : si les libéraux doivent être blâmés pour les échecs en matière de logement, ils joueront un rôle plus important dans la résolution du problème.

De grands changements en matière de logement locatif

Les libéraux s’appuient sur les programmes déjà mis en place et sur les leçons tirées depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir. Le plan d’action canadien pour le logement est axé sur trois initiatives – 1) créer davantage de logements locatifs en réorganisant et en refinançant les programmes de prêts actuels grâce à une augmentation significative de 15 milliards de dollars (la dépense la plus importante de l’énoncé), 2) inclure les nouvelles coopératives d’habitation de logement locatifs dans le cadre de l’élimination de la TPS pour la construction de logements locatifs, et 3) investir des fonds nouveaux et inutilisés destinés aux locataires à faible revenu pour créer encore plus de logements sociaux/coopératifs abordables.

Ce que cela signifie : Grâce à un nouveau département axé sur le logement et l’infrastructure, à de nouveaux fonds et à des fonds réaffectés provenant de programmes existants pour stimuler l’offre de logements abordables, le gouvernement montre qu’il prend au sérieux le marché des logements locatifs. La plupart des mesures annoncées découlent de l’Accord national sur le logement, développé par des partenaires dans le secteur, lequel a contribué à l’obtention de ces résultats. Le gouvernement a indiqué que d’autres mesures seraient annoncées dans les semaines à venir.

Les propriétaires ne sont pas oubliés

Cet énoncé fait suite aux critiques selon lesquelles le gouvernement a perdu de vue les défis auxquels sont confrontés les propriétaires en se concentrant plutôt sur les locataires au cours des derniers mois. C’est pourquoi un grand nombre de mesures annoncées aujourd’hui devraient offrir aux propriétaires canadiens davantage d’options au moment de renouveler leur hypothèque. Qu’il s’agisse du prolongement des périodes d’amortissement ou de la suppression des frais et des taux d’intérêt dans le cadre de certaines mesures d’allègement, les nouvelles règles visent à établir un équilibre. Elles prévoient notamment la possibilité d’effectuer des versements forfaitaires pour réduire un prêt hypothécaire avant de vendre, ou de refinancer, si un propriétaire se retrouve en situation précoce.

Ce que cela signifie : Bien que le gouvernement assouplisse la réglementation des prêts hypothécaires en offrant aux banques une marge de manœuvre pour aider les Canadiens, les mesures ne feront pas automatiquement baisser les taux d’intérêt. Cet objectif est exprimé avec vigueur dans l’annonce d’aujourd’hui, qui consiste à ne pas dépenser sans compter.

Le reste du contenu : Accessibilité financière et économie propre

Avec le peu qui reste à la suite des mesures en matière de logement, les suivantes sont des additions à noter dans l’EEA :

  • Augmenter la concurrence : Changement à la Loi sur la Concurrence pour lutter contre les comportements anticoncurrentiels, offrir un plus grand choix aux consommateurs et stabiliser les prix.
  • Protéger les consommateurs : Législation pour viser les « frais indésirables » que les Canadiens paient sous forme de charges cachées et inutiles. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada sera chargée de collaborer avec les banques pour améliorer les comptes à faible coût ou sans frais, notamment en augmentant le nombre de transactions par débit, de paiement de facture en ligne et de transferts électroniques sans frais supplémentaires.
  • Accessibilité de l’épicerie : Il n’y a pas de nouvelles mesures pour contrôler la hausse des prix de l’épicerie, mais le gouvernement réitère son engagement à s’attaquer au problème de l’accessibilité de l’épicerie et met l’accent sur les mesures annoncées plus tôt au cours de l’automne. Il réaffirme la volonté du gouvernement de recourir à des mesures fiscales pour que les détaillants stabilisent leurs prix.
  • Amélioration de la santé et des soins dentaires : Élimination de la TPS/TVH sur les services de soutien psychologique et de psychothérapie et annonce du lancement du Régime canadien de soins dentaires, qui devrait commencer à être mis en œuvre d’ici la fin de l’année. D’autres mesures incluent également un calendrier pour les transferts bilatéraux en matière de santé annoncés dans le Budget 2023, donnant aux provinces et aux territoires jusqu’au 31 mars 2024 pour signer les accords afin d’accéder aux fonds pour 2023/2024.
  • Économie propre : Mise à jour de l’horaire législatif pour l’octroi de tous les crédits d’impôt à l’investissement dans l’économie propre en 2024, y compris le captage, l’utilisation et le stockage du carbone. Un rappel que les initiatives vertes sont déjà en cours, telles que les plans de fabrication de batteries et l’horaire législatif de mise en œuvre des crédits d’impôt à l’investissement.

Réaction de l’opposition

Parti conservateur du Canada : « Trudeau dépense, les Canadiens paient. »

  • Pierre Poilievre est resté fidèle au scénario qui l’a mis en tête dans les sondages. Il s’en est pris au nouveau ministère du logement, estimant que le gouvernement construit des bureaucraties plus rapidement que de nouveaux logements, et a affirmé que le gouvernement dépenserait plus pour la dette que pour les soins de santé.

Nouveau parti démocratique : « Cela ne répond pas à l’urgence de la situation que vivent les Canadiens. »

  • Jagmeet Singh a appelé ce mini-budget un « micro-budget ». Il s’est félicité pour les nouveaux investissements en matière de logement en plus des mesures prises pour lutter contre le coût de l’épicerie, tout en promettant de continuer à soutenir le gouvernement.

Prochaines étapes

Pour s’en tenir aux engagements pris dans l’Énoncé économique d’automne, il faut s’attendre à ce qu’un projet de loi soit déposé avant la fin de l’année 2023, notamment la deuxième partie de la Loi d’exécution du Budget 2023.

Votre équipe Navigator suivra de près le déploiement de l’énoncé d’aujourd’hui et se tient à votre disposition pour vous aider à faire avancer vos priorités auprès du gouvernement.

Le plus grand risque pour le Canada est celui de ne pas en prendre

Le Canada perdra des occasions de renforcer et de renouveler son économie s’il ne rompt pas avec sa culture politique peu encline à prendre les risques nécessaires à son avancement

 

Carboneutralité en 2050.

Zéro déchet plastique en 2030.

100 millions d’habitants en 2100, aucun problème économique, aucun délai d’attente dans les services publics et pas de troubles sociaux.

Absolument improbable.

Les Canadiens ont l’habitude d’entendre des dirigeants politiques exprimer leurs grands rêves pour le pays. Mais ils sont déçus plus souvent qu’à leur tour. Ils commencent à se rendre compte que ces promesses ne se fondent sur aucun objectif concret, ni même sur des projets valables. Ce sont des paroles en l’air, cyniques et vides de sens. Pas terrible pour le climat politique.

En dépit des objectifs qu’il s’est fixés, le Canada demeure l’un des dix premiers émetteurs mondiaux de GES par habitant, et seulement 9 pour cent de ses déchets plastiques sont recyclés. L’immigration, qui devrait être un atout pour notre économie, est freinée par la pénurie de logements, les problèmes de transport et la difficulté d’accès aux soins de santé.

Toutes ces questions relèvent du même problème, le “risque d’horizon”. Pour les régler, il faudrait un regard neuf et de la vision. Nos dirigeants semblent plutôt doués pour fixer des objectifs très ambitieux pour le pays, mais sans plus. Disons-le clairement : le leadership se révèle et se mesure par l’action, en mobilisant les ressources, en ralliant la population et en se mettant à l’oeuvre. Le travail ne consiste pas à fixer des objectifs et à diffuser des communiqués de presse.

Le problème est exacerbé par notre manque de courage politique. Cela fait plus de 20 ans qu’un parti fédéral n’a pas obtenu plus de 40 pour cent du vote populaire. Dans un système uninominal à un tour et dans un environnement caractérisé par la fragmentation de l’information, les partis politiques se montrent peu audacieux et cherchent avant tout à former la plus petite coalition gagnante possible. Par conséquent, ils privilégient la lutte partisane et la victoire rapide plutôt que la promotion d’une vision politique à long terme.

La crise du coût de la vie qui frappe les Canadiens nous offre un bon exemple de cette approche à courte vue. Tous les sondages nous confirment que les problèmes liés à la hausse du coût de la vie viennent en tête des préoccupations des citoyens. Sans surprise et par calcul politique, nos politiciens y accordent leur attention : il vaut mieux ne s’intéresser qu’aux problèmes qui peuvent être réglés rapidement.

Mais ils se trompent.

C’est dans les périodes de grands bouleversements que les grandes idées politiques sont les plus nécessaires et les plus attendues par le public, et ce, en dépit des risques considérables qu’elles comportent. La raison en est simple: lorsque le pays a le dos au mur, le public est plus disposé à laisser aux décideurs politiques la latitude requise pour redresser la situation.

Autrement dit, le moment est venu aujourd’hui de prendre des risques.

Dans son nouvel essai fort instructif Mission Economy: A Moonshot Guide to Changing Capitalism, Mariana Mazzucato, professeure à l’University College de Londres, affirme: « La politique ne consiste pas seulement à “intervenir”. Elle sert à façonner l’avenir: cocréer des marchés et de la valeur, et pas seulement “corriger” les marchés ou redistribuer la valeur. Il s’agit de prendre des risques, et pas seulement de “réduire les risques”. Et il ne s’agit pas d’uniformiser les règles du jeu, mais de les orienter vers le type d’économie que nous souhaitons. »

Cela peut sembler contre-intuitif pour une classe politique qui a tiré les mauvaises leçons des échecs politiques du passé. Pour elle, tenter de nouvelles choses vous expose à des problèmes, alors il est plus prudent de ne rien tenter de nouveau. Mais pour le Canada, le risque le plus immédiat et potentiellement le plus coûteux est de ne pas prendre de risques du tout.

Dans le domaine de la recherche et du développement, le Canada se classe au 26e rang des pays de l’OCDE. Dans le domaine des infrastructures, selon des rapports indépendants, notre déficit se situerait entre 110 et 270 milliards de dollars. En matière de lutte contre les changements climatiques et d’investissement dans l’innovation verte, nous n’atteignons pas les cibles internationales et nous n’avons toujours pas défini les politiques vigoureuses dont nous avons besoin pour espérer profiter de retombées économiques et environnementales à long terme.

L’absence de prise de risque se reflète également dans la vision des principaux partis politiques, qui n’ont pas réussi à proposer un projet d’avenir cohérent pour notre économie et le bien-être durable de nos concitoyens. Ce n’est pas en dépensant plus que nous relèverons ces grands défis de société. C’est en adoptant une nouvelle façon de penser et en étant prêts à prendre des risques.

Force nous est de constater que c’est la myopie politique et l’aversion pour le risque qui nous ont conduits là où nous sommes, et que ce n’est pas en rafistolant nos politiques et nos programmes que nous arriverons à quelque chose. Pour la prospérité future du Canada, il importe de reconnaître et de valoriser le risque dans nos débats politiques. Le temps presse, car les occasions passent et ne reviennent pas toujours.

Mot du président

« Vous ne pouvez pas nager vers de nouveaux horizons tant que vous n’avez pas le courage de perdre de vue le rivage, » a écrit Faulkner.

Plus facile à dire qu’à faire. Mais de nos jours, nous savons tous qu’il faut du courage. Agrandir ses horizons est une nécessité qui, malheureusement, ne vient pas sans risques.

Quel que soit votre secteur d’activité, quels que soient les services que vous offrez, le risque d’horizon existe, et la crainte que vos plans ne se réalisent pas à l’intérieur de votre calendrier demeure présente. Nous vivons dans une période de bouleversements extraordinaire : prolifération des nouvelles technologies, changements géopolitiques, effondrement des médias traditionnels et transformation énergétique d’une ampleur sans precedent depuis la révolution industrielle. En même temps, nous disposons de moins en moins de temps pour nous occuper de nos affaires.

Mais si la mer est agitée, ce qui nous attend est très attrayant à bien des égards. On nous promet des marchés vierges, une productivité accrue et des opportunités que nous avons aujourd’hui peine à imaginer.

Il va de soi que diriger et nouer des relations de confiance dans un contexte instable comporte des risques considérables, mais il faut voir cela comme autant d’occasions à saisir.

Chaque jour, nous nageons dans une mer d’incertitude et d’opportunités. Et dans cette mer, lorsque les eaux se font plus profondes, savoir si l’on doit se diriger vers le large ou regagner la berge demande une évaluation des risques rapide et décisive.

Vous trouverez dans ces pages des réflexions et des analyses utiles pour mieux évaluer le risque. D’abord, le point de vue de l’ancien ambassadeur aux États-Unis, David MacNaughton, sur le retour éventuel de Donald Trump et ses répercussions sur le Canada ; ensuite, un aperçu de la menace que fait peser l’IA générative sur l’emploi ; enfin, un regard sur le morcellement de l’écosystème médiatique et sur les dangers de l’écoblanchiment pratiqué par certaines grandes entreprises. Le numéro 12 de Perspectives se penche sur ces sujets brûlants d’actualité et bien plus encore.

Je vous invite à y plonger.