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Notre liberté d’expression est-elle dans les mains des géants du Web? (avec Crypto.Québec)

Les derniers événements liés aux élections américaines ont rappelé une chose: les plateformes numériques ont une énorme capacité à cristalliser les opinions et mobiliser les citoyens, parfois de manière explosive. Cela a amené les géants du Web sur un terrain dorénavant bien délicat: celui de devoir réguler (et parfois censurer) la parole des citoyens alors qu’ils sont en situation quasi-monopolistique sur l’échiquier informationnel. Dès lors se pose la question: ces géants ont-ils notre liberté d’expression entre les mains? Quelles sont les implications pour nos démocraties? David Millian en parle avec Luc Lefebvre, co-fondateur de Crypto.Québec.

Réduction du carbone : pour des règles du jeu plus claires

TANDIS QUE LA COVID-19 continue de menacer les Canadiens, les divers vaccins en cours d’approbation dans le monde nourrissent l’espoir d’en finir une fois pour toute avec cette pandémie.

Cette lutte contre la COVID-19 ne devrait cependant pas occulter les problèmes qui ont été exposés au grand jour en 2020, notamment les inégalités liées au racisme et à la richesse, les contextes politiques de plus en plus toxiques qui nous divisent ainsi que, comme nous l’ont rappelé les incendies dévastateurs en Australie, la menace du réchauffement de notre planète.

L’on pourrait croire que les préoccupations des Canadiens concernant le changement climatique ont été reléguées au second plan par rapport à d’autres enjeux plus directement liés à la pandémie, comme les soins de santé et l’économie. Cependant, selon un récent sondage du Centre canadien pour la mission de l’entreprise (CCME), les Canadiens accordent plus d’importance au défi climatique qu’à ces deux questions.

On sait que la législation et les groupes de réflexion ne suffiront pas pour résoudre le problème climatique. Il faut d’abord que s’opère un changement de mentalité dans les grandes entreprises ainsi que chez les investisseurs institutionnels. Et c’est exactement ce à quoi nous assistons en ce moment.

« Malheureusement, les accusations d’écoblanchiment à l’endroit d’entreprises, qu’elles soient fondées ou non, sont une arme rhétorique puissante qui a aussi pour effet de décourager les efforts de développement durable des entreprises. »

À l’initiative de Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre et de la Banque du Canada, le géant canadien de l’investissement Brookfield Asset Management a créé un fonds de 100 milliards de dollars US dédié à la lutte au changement climatique. En 2020, les entrées nettes dans les fonds canadiens négociés en bourse (FNB) des entreprises qui respectent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont atteint 740 millions de dollars, un montant qui dépasse largement les 142 millions de dollars investis l’année précédente et les 200 millions de dollars investis en 2018 (excluant le financement d’amorçage).

Aux États-Unis, des actifs sous gestion qui intègrent des critères spécifiques liés au défi climatique ont augmenté de 40 % par rapport à 2018, totalisant 4 200 milliards de dollars. Ce chiffre surpasse de loin les actifs liés à toute autre catégorie de critères ESG.

Il est clair que nous assistons à un changement profond des mentalités et des stratégies d’entreprise en ce qui concerne l’investissement dans le développement durable. Ce qui est moins clair cependant pour les investisseurs sensibles à l’intégration des critères ESG, c’est l’art de faire la distinction entre les efforts légitimes des entreprises en matière de responsabilité écologique et l’écoblanchiment.

Cette pratique, aussi appelée « greenwashing », consiste à faire des déclarations trompeuses pour qu’une organisation paraisse plus verte qu’elle ne l’est en réalité. Malheureusement, les accusations d’écoblanchiment à l’endroit d’entreprises, qu’elles soient fondées ou non, sont une arme rhétorique puissante qui a aussi pour effet de décourager les efforts de développement durable des entreprises.

Lorsque l’on songe aux grandes entreprises multinationales et à l’environnement, certains cas qui ont fait école nous viennent à l’esprit. On pense tout de suite aux entreprises qui ont leurré la population au sujet de leur approche et de leurs normes écologiques (pensez à BP et à la marée noire). Résultat ? Tout effort en matière environnementale mis de l’avant par les grandes organisations est la plupart du temps perçu comme une offensive de relations publiques, laquelle n’aura en conséquence qu’un impact limité. Pour les entreprises sincèrement engagées dans la lutte climatique, combattre ce scepticisme est tout un défi.

Si les initiatives privées de réduction des émissions se sont multipliées, l’écoblanchiment demeure pratique courante. Cela est dû en grande partie aux lacunes de la réglementation en matière de reddition de compte et d’application des mesures de réduction des émissions. Cette absence de transparence, de normes et de mécanismes d’application clairs dans le domaine du financement durable a permis aux mauvais joueurs de tirer profit du système, ce qui discrédite encore davantage les efforts de verdissement des entreprises.

Le marché du carbone en est un bel exemple. Une compensation carbone est un crédit accordé à une partie en échange de la réduction de ses émissions et qui peut être vendu à une autre partie pour compenser ses propres émissions. Les projets de compensation carbone peuvent prendre diverses formes, allant du financement d’un projet éolien à la restauration partielle d’une forêt tropicale. Amazon, Delta, Disney et d’innombrables autres grandes entreprises achètent des crédits carbone pour compenser les émissions nettes générées par leurs propres activités. On estime que les projets carbone permettent d’absorber 359 millions de tonnes de CO2 par an, soit plus que les émissions annuelles de la France. Le marché de la compensation carbone devrait croître davantage au cours des prochaines années grâce aux efforts de plus de 170 entreprises qui se sont engagées à devenir carboneutres d’ici 2050.

Mark Carney et d’autres intervenants estiment que le marché du carbone est un moyen simple et relativement rentable pour les particuliers, les entreprises et les gouvernements de compenser leurs émissions. Ils considèrent que ce marché fait partie de la solution climatique. À l’inverse, les critiques voient l’achat de compensations carbone comme de l’écoblanchiment. Dans leur esprit, il s’agit d’une pratique astucieuse à laquelle ont recours les entreprises pour verdir leur image sans qu’il leur soit nécessaire de réduire leurs propres émissions.

Ces critiques sont dues en grande partie au comportement des mauvais joueurs qui ont profité de l’absence de normes et de mécanismes d’application communs, rendant la ligne de démarcation très floue entre les efforts de durabilité légitimes et les activités d’écoblanchiment. Il faut savoir que les divers programmes de compensation comportent une variété de normes et de pratiques exemplaires qui les rendent difficiles à maintenir et les exposent à des activités frauduleuses et à des manipulations qui s’apparentent à celles pratiquées sur les taux d’intérêt. Ainsi, on a vu plusieurs entreprises en Chine et dans d’autres pays accroître délibérément leurs émissions de gaz à effet de serre aux seules fins d’être rétribuées pour les réduire.

Mais les exemples les plus courants concernent des entreprises qui, sciemment ou non, gonflent le niveau des compensations carbone selon leur mesure de l’impact environnemental. GreenTrees, le plus vaste projet de crédits carbone forestiers en Amérique du Nord, paie les propriétaires fonciers pour qu’ils plantent des arbres sur leurs terres, calcule l’absorption du carbone qui en résulte, puis vend des crédits carbone aux grandes entreprises. GreenTrees a été accusé de s’attribuer des crédits pour des arbres déjà plantés ou qui l’auraient été de toute façon. Si cela est exact, cela reviendrait à dire que non seulement les réductions d’émissions revendiquées sont exagérées, mais aussi les crédits achetés à GreenTrees par les entreprises. Les investisseurs qui ont acquis des actions dans ce genre de société dans le cadre d’une stratégie d’investissement ESG se trouvent ainsi floués, car il y a tout lieu de croire que l’impact écologique de leur investissement est bien moindre qu’ils ne se l’imaginent.

GreenTrees n’est que l’un des nombreux exemples qui illustrent à quel point l’absence de normes communes et de surveillance réglementaire peut miner la légitimité du marché du carbone. Les entreprises et les investisseurs peuvent atténuer le risque lié à l’achat de compensations comportant des déclarations de réduction trompeuses en s’adjoignant les services de vérificateurs ou de groupes de normalisation comme The Gold Standard ou Green-e. Toutefois, cela ne résoudra pas à lui seul le problème de crédibilité qui entache le marché du carbone.

Les organismes de réglementation, les dirigeants d’entreprise et les grands investisseurs doivent travailler de concert pour convenir de normes, de conditions, de processus de vérification et de politiques de divulgation universels liés à la vente et l’achat de crédits carbone. Si des normes et mécanismes d’application adéquats ne sont pas instaurés, les allégations d’écoblanchiment continueront de trouver justification. Les investisseurs et les entreprises perdront confiance dans l’efficacité du système d’échange, retirant ainsi aux entreprises et aux décideurs politiques un outil qui leur est précieux pour atteindre leurs objectifs climatiques ambitieux.